mardi 23 novembre 2010

actionnariat salarié avec effet de levier: un exemple de coup de massue pour les cadres d'eiffage

Philippe Douroux de chez France-Soir publie un petit article sur la holding "salariée" Eiffage.

Pour se défendre contre la prise de contrôle d'Eiffage par une société espagnole il y deux ans, les cadres en question à la demande de leur pdg (en photo ici)  apportent leurs titres issus de stock-options à une structure holding. Fiscalement, l'apport est neutre car il s'agit d'une opération intercalaire qui ne fait pas tomber la plus-value d'acquisition sur les stocks options (en ce sens l'instruction de 2009 sur les stocks-options).

Une fois l'apport fait, il ne reste plus pour la holding, qu'à utiliser ce capital pour se faire prêter de l'argent, racheter des titres sur le marché et augmenter sensiblement son taux de détention. La stragégie de lutte contre la prise de contrôle espagnole mise en place par le management, aidée par des institutions bancaires françaises "patriotes", entraîne toutefois une stratégie patrimoniale risquée pour les apporteurs.

En effet,  alors que dans la plupart des LBO, l'acquisition est basée sur la capacité de la holding à rembourser l'emprunt, dans l'opération de lutte contre la prise de contrôle espagnole, il est négocié avec les banquiers de ne rembourser l'emprunt qu'après l'assault de l'espagnol...et cela avec le patrimoine de la holding: l'effet de levier n'existe que dans la mesure de la différence entre la plus-value sur les actions et le taux d'intérêt du prêt.

Avec l'effet conjugué de la crise économique et des solutions mises en place pour limiter l'appétit des espagnols, la valeur de l'action a fini par s'effondrer. L'effet de levier est devenu un effet de massue. Calculs faits sur les cours actuels, après remboursement de l'emprunt, il ne reste presque plus rien aux cadres sur les quelques 200 millions d'euros d'apport en question...

Souvent l'actionnariat salarié est vu comme une solution aux problématiques de conflits d'intérêt entre les salariés et les actionnaires, mais cette déconvenue, vécue par les 504 cadres d'Eiffage, est de nature à recentrer le débat sur une évidence: les salariés des sociétés cotées sont  des consommateurs de prestations de services d'investissements presque comme les autres....

Stanislas Lhéritier

1 commentaire:

  1. Cass. com. 30 octobre 2012 n° 11-21.826 (n° 1057 F-D), Sté Banque CIC Sud-Ouest c/ Sté financière Lanteri & Salin
    Une banque, chargée de l'organisation financière d'un LBO, manque à son devoir de conseil en ne menant pas aucune étude approfondie sur la rentabilité de la société cible et sur la capacité corrélative du holding de rachat à rembourser le prêt qu'elle lui accorde.

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