mardi 9 octobre 2012

Tribulations d'un avocat à l'Assemblée du Conseil National des Barreaux


Etre avocat aujourd'hui. Voilà le programme de la journée du CNB de ce dernier vendredi à laquelle j'ai assisté. Première impression. L'entrée du colloque ressemble au café de Flore. Il y a le niveau des gens qui sont là pour être vus: les stars, comme Pierre Joxe (simple avocat commis d'office?). Elles sont amenées par les hôtesses au premier rang. Il ya aussi les autres, que l'on amène aux gradins par la porte du fond. 

Nous avons entendu une magnifique plaidoirie du Président du CNB, Me Charnière-Bournazelle et  une très belle réponse, sans aucune note de la Ministre Taubira. Quelle belle conclusion sur les éléments supposés fondamentaux de la profession: l'éloquence et la confraternité! Voilà une ministre qui sait faire plaisir à une Assemblée d'avocats!

Un sentiment de réussite émane des tribunes. Pourtant, a-t-on seulement une raison de se réjouir? Une vision rationnelle s'impose:  sauf peut être au moyen-âge (mais la farce de Maître Patelin n'est-elle pas toujours au programme des discours des organes dirigeants de la profession?), jamais dans l'histoire de la justice, le coût imposé au justiciable pour faire valoir ses droits n'a été si élevé. La taxe de 35€ sur les assignations est symbolique à cet égard.

Réponse de la ministre interrogée - pour la forme- sur la question: c'est la crise! vous savez, elle nous empêche de supprimer un impôt que nous jugions inique avant d'être au pouvoir....pas un mot sur le timbre de 150 € par partie en cas d'appel.... mais restons amis :  faisons nous plaisir! Affirmons avec toute la solennité nécessaire aux circonstances que la profession d'avocat est la plus belle car elle cultive l'éloquence.

Au repas,  je m'insurge sur cette vision rétrograde de la profession : le droit est devenu une affaire de techniciens. Malgré les beaux discours appris par coeur de nos dirigeants et de notre ministre, le droit n'est plus, même pour les gens qui font du contentieux, une affaire de plaideurs! J'accuse les organes dirigeants de la profession  d'avocat de se tromper de chemin : faire de l'avocat, un agent de joueurs de foot, c'est-à-dire non pas celui qui conseille sur les éléments de technique contractuelle, légale ou fiscale liés à la situation du joueur (ce qu'il a toujours fait et avec succès....surtout pour la fiscalité....), mais celui qui se comporte en propriétaire du joueur et qui empoche une commission de 7% sur les transferts de clubs à clubs: quel délire! Puisqu’on en est là, rendons la lecture de l'équipe obligatoire dans les écoles de droits! La profession est-elle si attirée par les stars qu'elle se focalise sur les sportifs et en oublie qu'on a besoin d'elle pour organiser les grandes réformes du droit (famille, affaire, pénal, organisation de la justice) qui feront du droit français un instrument de la restauration de la compétitivité de la France?

Je sens que je choque, mais trouve une oreille attentive. Les bâtonniers de quelques-uns des plus grands barreaux de France m'expliquent même très calmement pourquoi la fonction de bâtonnier n'est pas seulement un titre honorifique pour faire des réceptions avec l'argent des cotisations ordinales et trouver un public qui applaudi aux discours sur des thèmes proche du programme d'histoire de la  troisième république. 

Je repars du colloque en me disant que j'ai reçu une bonne leçon de mes pairs: finalement, c'est surtout ça être avocat aujourd'hui: vivre dans la confrontation et admettre qu'elle nous transforme.

Stanislas Lhéritier
Cabinet-Lheritier.com






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